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Porté par : Florence Boulerie Pascale Melani Caroline Casseville

S’emparer au sein d’une même thématique des trois notions distinctes et fortement ancrées que sont le patrimoine, l’éducation et la construction des identités, inscrit d’emblée la réflexion dans une démarche plurielle, où l’hybridation est à l’œuvre, où le dialogue entre les disciplines, les aires géographiques et les périodes historiques, favorise l’exploration de nouveaux terrains d’étude. Aussi s’agit-il de s’interroger à la fois sur chacune de ces notions et sur les interactions qu’elles font naître ensemble ou séparément. Pour ces domaines où la réflexion scientifique est en lien étroit avec les problématiques actuelles de la société, une approche de terrain pourra venir compléter la réflexion théorique et la formalisation conceptuelle. C’est la raison pour laquelle le thème est conçu comme un lieu de rencontres et d’échanges qui favorisera la transversalité et l’interdisciplinarité tandis que la thématique devrait pouvoir être mise en perspective en se déclinant à l’échelle régionale et nationale, tant pour la France que pour les autres nations visées par les aires linguistiques et culturelles étudiées dans Plurielles, sans exclure une réflexion sur des territoires politiques et géographiques plus larges (Europe politique ou aire francophone par exemple). 

Ce thème réunira des chercheurs spécialistes en littératures, langues régionales, langues étrangères, sciences du langage, didactique, appartenant à l’UR Plurielles. Au-delà, il pourra rassembler des spécialistes en histoire, géographie, arts du spectacle, sciences de l’éducation, sociologie, sciences de l’information et de la communication… 

Plusieurs axes de recherche pourront être développés :

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Le processus de patrimonialisation : la littérature exposée

 

  • Relier patrimoine et littérature est à la fois un phénomène récent – l’idée de patrimoine a longtemps été réservée au patrimoine bâti, architectural – et de plus en plus présent dans le domaine des sciences humaines. Ce rapprochement et cette confrontation soulèvent à la fois la question du patrimoine matériel (les lieux, les textes…) et du patrimoine immatériel (l’imaginaire symbolique) ainsi que celle de la légitimation et de la consécration, notamment à partir de la constitution de lieux de mémoire. Comment le concept de ces nouveaux objets, passeurs de littérature, que sont par exemple les Maisons d’écrivain, soulève-t-il la question de la construction mentale et esthétique du territoire au sein de la création littéraire et celle de l’impact d’une œuvre littéraire sur la représentation des lieux qu’elle décrit ? Ces perspectives qui se rattachent à la problématique de l’ancrage de la littérature (géocritique) renvoient également aux modes de diffusion du littéraire et aux pratiques d’intermédialités.
  • Que sous-tend le processus de patrimonialisation et à quelles (nouvelles) expérimentations de la littérature peut-il conduire ? Comment la matérialisation, la temporalité et la spatialisation du champ littéraire concourent-elles à modifier le rapport entre l’œuvre et le public, entraînant des interactions inédites et des formes d’hybridation ? Quelle différence peut-on établir entre cette nouvelle expérience de la littérature et celle des pèlerinages littéraires qui existaient auparavant, quand les lecteurs les plus fervents se rendaient sur les lieux de la création ou sur ceux que les fictions avaient rendus célèbres ? Quels sont les nouveaux lieux d’exposition de la littérature, comment dialoguent ils avec les autres arts et comment interrogent-ils également les pratiques éducatives et la transmission des savoirs ? Plus globalement, selon quelles modalités la littérature investit-elle l’espace public ? Par ailleurs, l’ensemble de ces questionnements peuvent conduire à observer l’évolution du rôle de l’enseignant-chercheur au sein de la société civile (recherche/action). Ce terrain d’investigation, particulièrement fécond, croisera des approches variées : littéraires, historiques, didactiques…

 

Patrimoine, politique culturelle et diffusion du savoir

 

  • Certains objets, pensés dans leur rapport à l’art, et qu’il faudrait s’attacher à définir, à répertorier ou à recenser peuvent devenir emblématiques du récit qu’une nation ou qu’un territoire se construisent à un moment de son histoire. Quels sont ces objets (musées littéraires, éducatifs, maisons d’écrivain…), quelle place et quel rôle recouvrent-ils et dans quelle mesure sont-ils au service des politiques culturelles d’un pays ? Rejoignant des préoccupations épistémologiques, la question de la diffusion du savoir et de l’éducation se pose à travers celle de la « patrimonialisation » des connaissances. Dans quelle mesure ce processus instrumentalise-t-il la connaissance et peut-il devenir l’outil de diffusion ou de propagande d’un pouvoir politique ?
  • Quelle place occupe la littérature dans l’enseignement scolaire ? Quel rôle lui attribue-t-on dans la construction des identités collectives ? Le choix des lectures et la manière de lire imposés par une institution éducative ont-ils des conséquences dans l’ordre politique et social ? Comment en mesurer les effets ? Quels outils développer pour aborder ces phénomènes ?

 

Figures patrimoniales et corpus d’auteurs en Nouvelle-Aquitaine : un héritage en partage

 

  • La question de la patrimonialisation des figures d’écrivain au sein d’une région, et en particulier au sein de la Nouvelle-Aquitaine, ouvre une réflexion sur les modalités d’appropriation des figures auctoriales au sein d’un territoire. Quelles mythologies se construisent à partir de l’enracinement des auteurs dans un lieu ? Comment peuvent-elles conduire à la notion trompeuse ou réductrice d’« écrivain régionaliste » ? Comment peuvent-elles influencer la perception des auteurs de langue régionale ? Le phénomène ainsi généré d’une forme de « territorialisation » de la littérature a-t-elle des effets sur la reconfiguration du canon littéraire et des conséquences sur les perspectives éducatives ? Ces « pratiques narratives », qui participent à la création d’identités culturelles spécifiques, sont à la croisée de l’histoire littéraire, du récit de vie, de la réception et de la réflexion pédagogique.
  • Par ailleurs, la promotion d’un patrimoine littéraire, en lien avec la célébration des auteurs, sous tend des notions de conservation, de médiation et de valorisation. Elle met en lumière la question des fonds littéraires et patrimoniaux qui interroge la pratique scientifique dans son rapport aux sources documentaires et aux archives, ainsi que celle de la mémoire du « fait littéraire » et de sa matérialité. Le geste qui consiste à collecter et rassembler, à conserver et valoriser les fonds littéraires met en lumière l’établissement d’un mode spécifique de patrimonialisation de la littérature. Quelles en sont les logiques et dans quelle mesure l’usage du numérique vient-il en modifier l’approche ? Alors que l’édition en ligne complexifie considérablement la perspective épistémologique, elle doit faire l’objet d’un travail permanent de médiation (questions sur la réception et les modalités de lecture, dispositifs éditoriaux et usages scientifiques, éducatifs, grand public…). C’est l’un des enjeux actuels des humanités numériques.
  • Le patrimoine artistique à l’épreuve de l’universalité Depuis quelques décennies des formes artistiques mondiales comme Le chamam en Argentine, la danse populaire Le seperue au Botswana, ou la musique Gnawa au Maroc, ont été déclarées par l’UNESCO patrimoine mondial de l’humanité. Cette « reconnaissance institutionnelle » n’a fait qu’entériner une réalité qui subsiste depuis des siècles. Au-delà des pays qui les ont vu naître, des artistes et des œuvres artistiques, sont devenus un patrimoine mondial commun, tels Molière ou Shakespeare. Pourquoi et comment certaines formes artistiques traversent-elles les frontières et les âges pour être adoptées voire réinventées par différents créateurs ? Comment une œuvre artistique devient-elle un patrimoine immatériel et comment nos sociétés actuelles essaient-elles de réinventer leurs patrimoines artistiques ?