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Dima Green, 2025

2026 : Cultures et sociétés des pays slaves

Notre séminaire annuel réunit des chercheur.es des mondes slaves et ex-socialistes dans une perspective interdisciplinaire. Poursuivant un décentrement nécessaire depuis 2022, au-delà d’une histoire russo-centrée, il met l’accent sur l’Europe médiane et balkanique : réfugié.es ukrainien.nes en Lituanie et Pologne, langue ukrainienne, exil bélarusse, mobilisations en Serbie, déportations staliniennes, sans pour autant oublier les travaux sur la Russie. 

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Séances :

Le mercredi 21 janvier 2026 de 13:30 à 15:00 :

« M’sieur Volodia, serre-nous la vis ! » La censure musicale sous Poutine, des bars aux playlists (2014-2025).

Date et horaire : le 21 janvier 2026, 13h30-15h00

Lieu : Bibliothèque Lettres et Sciences humaines, salle BUDL 608, Pessac

Intervenant : Antoine Nicolle, docteur en études russes, ATER à l'Université Bordeaux Montaigne

Nous proposons d’étudier les mécanismes de la censure musicale russe contemporaine. On retracera d’abord ses premières manifestations dans les années 2010, avant de nous concentrer sur la période post-24 février 2022. En 2010, le chanteur Iouri Chevtchouk (DDT) pouvait encore déjeuner avec Vladimir Poutine en marge de la Marche des mécontents [Марш несогласных] et l’accuser sans conséquences, les yeux dans les yeux et face aux caméras, d’hypocrisie et d’autoritarisme. Les choses ont bien changé aujourd’hui : bon nombre d’artistes dissidents ont été déclarés « agents de l’étranger », traînés en justice et contraints à l’exil, dans un but de « neutralisation » politique du champ musical. En l’absence d’un appareil de censure préventive bien constitué, l’État russe s’appuie cependant, aujourd’hui, sur un faisceau d’institutions et de procédés non coordonnés entre eux, dont les actions sont souvent erratiques, mais néanmoins efficaces : accusations de « terrorisme », amendements législatifs permanents, annulations d’événements au coup par coup, mobilisation d’une « société civile patriote » servant de relais sur le terrain, recours à l’intelligence artificielle, promotion à marche forcée de nouveaux artistes patriotes… On se focalisera sur les mécanismes de cette censure erratique et sur les tentatives de rationalisation, par l’État, du chaos censorial qui en découle ; on reviendra au passage sur le cas de quelques groupes et artistes aux parcours révélateurs (Noize MC, Monetotchka, Iouri Chevtchouk, Pornofilmy, Alla Pougatchiova, Morgenshtern). Il sera possible de suivre le séminaire à distance. Les liens Zoom seront envoyés sur demande.
Le mercredi 11 février 2026 de 13:30 à 15:00 :

Agricultures et migrations féminines en Lituanie et en Pologne : subsistance, ancrage et émancipation

Date et horaire : le 11 février 2026, 13h30-15h00

Lieu : Maison des Suds, Salle des stages, Pessac

Intervenante : Camille Robert-Boeuf (CNRS, MIGRINTER)

La guerre d’agression à grande échelle menée par la Russie contre l’Ukraine depuis février 2022 a mis en lumière les enjeux de l’approvisionnement alimentaire européen et du maintien de l’activité agricole en contexte de guerre, ainsi que la question de l’accueil de nombreux migrants (réfugiés ou non) à l’est de l’Europe. Cependant, ces enjeux ne sont pas nouveaux et les circulations liées au secteur agricole sont complexes et relativement peu étudiées dans cette partie de l’Europe. L’objectif de ce séminaire sera d’explorer les liens que tissent les femmes migrantes venant de Russie, d’Ukraine et du Bélarus avec l’agriculture, entre pratiques de subsistance et activités professionnelles. A partir d’une méthodologie mixte, qui associe analyses quantitatives, qualitatives et sensibles, il s’agira de comprendre les pratiques ordinaires et agricoles des femmes migrantes installées dans les campagnes polonaises et lituaniennes. Ces migrantes entretiennent des rapports à la terre qui favorisent leur ancrage dans les territoires d’accueil et dessinent des perspectives d’émancipation. Elles sont également vectrices de transformations socio-spatiales au cœur de territoires ruraux habituellement considérés comme des lieux d’émigration. Il sera possible de suivre le séminaire à distance. Les liens Zoom seront envoyés sur demande.
Le mercredi 25 février 2026 de 13:30 à 15:30 :

Les stratégies des parents en exil face au défi de la scolarisation de leurs enfants. Le cas des Bélarusses en Lituanie et en Pologne // Dis/placement, dis/location, dis/engagement? Belarusian Gender Studies and the production of knowledge in exile (en anglais)

Date et horaire : le 25 février 2026, 13h30-15h30

Lieu : Bibliothèque Lettres et Sciences humaines, salle BUDL 608, Pessac

Intervenantes : Olga Gille-Belova, MCF, Université Bordeaux Montaigne ; Almira Ousmanova, professeure au Département des sciences sociales et coordinatrice du Centre d’études de genre à l’Université européenne des sciences humaines (Vilnius, Lituanie), PR invitée, Université Bordeaux Montaigne. 

"Les stratégies des parents en exil face au défi de la scolarisation de leurs enfants. Le cas des Bélarusses en Lituanie et en Pologne" : La migration à grande échelle des Bélarusses depuis 2020 a poussé sur les routes de l’exil de nombreuses familles avec enfants. L’un des défis majeurs auxquels elles ont été confrontées dans leurs nouveaux pays d’accueil a été la nécessité de trouver la meilleure manière de poursuivre la scolarité de leurs enfants au sein de nouveaux systèmes éducatifs. Cette présentation examine les stratégies éducatives des parents bélarusses en exil en Lituanie et en Pologne. À partir de données issues d’entretiens approfondis menés en 2024-2025, elle analyse les choix effectués par les parents au regard de leur milieu économique, social et culturel, dans le contexte particulier des systèmes éducatifs lituanien et polonais. Une autre question de recherche importante porte sur la manière dont l’enjeu de l’éducation des enfants influence les stratégies migratoires et d’intégration des parents. "Dis/placement, dis/location, dis/engagement? Belarusian Gender Studies and the production of knowledge in exile" : Il sera possible de suivre le séminaire à distance. Les liens Zoom seront envoyés sur demande. The main issue to be discussed is how feminist knowledge is produced under conditions of exile, drawing on the case of Belarusian gender studies after 2020. This lecture approaches displacement as an epistemic condition - one that reshapes research questions, methods, and forms of scholarly engagement. Focusing on the interconnected notions of dis/placement, dis/location, and dis/engagement, I argue that what is often experienced as rupture, precarity, and the loss of a stable “home” can also lead to new configurations of feminist knowledge production and to new ways of thinking about gender, power, and belonging. The lecture is structured in three parts. It begins with an overview of feminist debates on the politics of location, nomadism, and displacement. It then turns to the situation of Belarusian gender scholars forced into exile after 2020, who continue their research from new locations. Finally, it discusses the case of Gender Studies at the European Humanities University, which has operated in exile for more than twenty years, as an example of feminist situated knowledges produced in conditions where returning home is not possible, yet intellectual and political engagement remains.
Le mercredi 4 mars 2026 de 16:00 à 17:30 :

Une introduction à l’enseignement de l’ukrainien langue étrangère (méthodes, spécificités, comparaison avec le russe).

Date et horaire : le 4 mars 2026, 16h00-17h30

Lieu : Bibliothèque Lettres et Sciences humaines, salle BUDL 608, Pessac

Intervenante : Lesya Olifirenko, docteure en sciences philologiques, maîtresse de conférences, chercheuse principale au département de linguistique du Fonds linguistique et informationnel ukrainien de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine (Kyiv)

Cette conférence propose une analyse comparative de l’ukrainien et du russe dans le cadre de leur enseignement comme langues étrangères. L’accent sera mis sur les niveaux phonétique, grammatical, lexical et syntaxique, qui constituent les principales sources d’interférence pour les apprenants allophones. Seront abordées les différences systémiques en matière de prononciation, d’accentuation et de réduction vocalique, ainsi que les particularités des systèmes casuels, des catégories temporelles et des formes des mots. Les phénomènes lexicaux et phraséologiques seront examinés dans une perspective didactique, notamment à travers les faux amis et la transparence étymologique. Les shibboleths seront évoqués comme un outil illustratif secondaire permettant de mettre en évidence certaines oppositions phonétiques. L’ensemble de la conférence s’inscrit dans une approche contrastive et pédagogique. Elle s’adresse aux étudiants en slavistique et à toute personne intéressée par la didactique des langues slaves.
Le mercredi 25 mars 2026 de 16:00 à 18:00 :

La dispute entre l’artiste et le pouvoir en tant que constante de l’art russe.

Date et horaire : le 25 mars 2026, 16h00-18h00

Lieu : à préciser 

Intervenants : Andrei Erofeev, historien de l’art et commissaire d'exposition ; Alice Cazaux, professeure en arts plastiques et chercheuse associée au laboratoire ARTES

Depuis le XIXᵉ siècle, les relations entre l’art et le pouvoir en Russie se caractérisent par une grande complexité, oscillant entre collaboration, répression et confrontation directe. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine depuis 4 ans a réactualisé la question des rapports entre le pouvoir et l’artiste, qui, par sa création et par son action dans l’espace public, s’oppose au régime autoritaire. De cette contestation naissent des formes artistiques d’un grand intérêt, reconnues tant en Russie qu’à l’échelle internationale. L’historien de l’art et commissaire d'exposition Andrei Erofeev a organisé de nombreuses manifestations consacrées à la création non conformiste soviétique, déjà relativement connue au public français, notamment grâce à l’exposition Les non-conformistes. Histoire d’une collection russe, présentée à Montpellier en 2019–2020. Dans ses travaux, la professeure en arts plastiques et chercheuse associée au laboratoire ARTES Alice Cazaux s’intéresse à l’art contemporain russe et aux liens que certains artistes établissent avec des figures tutélaires associées à la folie - le « fol-en-Christ », l’Idiot de Dostoïevski, les dissidents ayant subi la psychiatrie punitive - ainsi qu’aux pratiques performatives politiquement engagées. A travers les interventions de ces deux spécialistes, cette séance du séminaire « Culture et sociétés des pays slaves » examinera l’histoire de l’art soviétique et russe, de la seconde moitié du XXᵉ siècle à nos jours en se focalisant sur l’analyse des multiples rapports entre l’art et le pouvoir, tant en Russie qu’en exil, et mettra en valeur des artistes dont les noms demeurent encore relativement peu connus en France. Il sera possible de suivre le séminaire à distance. Les liens Zoom seront envoyés sur demande.
Le mercredi 1 avril 2026 de 13:30 à 15:00 :

Présentation du livre "Déportés pour l’éternité. Survivre à l’exil stalinien, 1939-1991", Paris, 2024.

Date et horaire : le 1er avril 2026, 13h30-15h00,

Lieu : Bibliothèque Lettres et Sciences humaines, salle BUDL 203, Pessac

Intervenants :  Alain Blum CERCEC (CNRS, EHESS)

Dans cet ouvrage, Alain Blum et Emilia Koustova explorent un pan fondamental mais longtemps méconnu de l’histoire soviétique, en s’attachant à sa dimension impériale et impérialiste, notamment telle qu’elle s’exprime lors de l’annexion de la Lituanie et de l’Ukraine occidentale. À travers l’étude des parcours de centaines de milliers de personnes déplacées, de leurs conditions de survie en déportation et de leurs relations avec l’univers soviétique, les auteurs mettent au jour des processus historiques dont les effets se prolongent jusqu’à aujourd’hui, à l’intersection de l’histoire de l’exil, de la violence politique et de la formation de l’espace impérial russe. Il sera possible de suivre le séminaire à distance. Les liens Zoom seront envoyés sur demande.
Le mercredi 8 avril 2026 de 13:30 à 15:00 :

Resémantisations du discours et de l’espace : performances, slogans et artefacts visuels dans le mouvement étudiant en Serbie (2024-2025).

Date et horaire : le 8 avril 2026, 13h30-15h00

Lieu : Bibliothèque Lettres et Sciences humaines, salle BUDL 608, Pessac

Ana Stulic, MCF, Université Bordeaux Montaigne, Milica Vračarić, Université de Novi Sad

L’effondrement mortel de l’auvent de la gare de Novi Sad, qui a coûté la vie à seize personnes le 1er novembre 2024, a déclenché en Serbie un vaste mouvement de protestation contre la corruption et en faveur de l’État de droit. Ce mouvement, inédit par son ampleur et par ses formes d’expression, a d’abord émergé au sein du milieu étudiant avant de s’étendre à l’ensemble de la société. Dans cette conférence, nous analysons les dimensions linguistiques, visuelles, spatiales et performatives qui ont façonné la dynamique et l’identité du mouvement étudiant à ses débuts, en accordant une attention particulière à la célébration du savoir scientifique et de la compétence professionnelle, ainsi qu’à leur réinvention dans le discours public serbe. Il sera possible de suivre le séminaire à distance. Les liens Zoom seront envoyés sur demande.