Appel à communications. Colloque International, "Poétiques de l'inconsolable / Dialectiques de la consolation", Université Bordeaux Montaigne, 8-9 avril 2027.
DL: 10 septembre 2026
Ce sera le cinquième et dernier Colloque international de la série « Poétiques de la négativité ».
Se penchant sur les traditions de la consolation, le philosophe Michaël Foessel, dans son livre Le temps de la consolation (Seuil, 2015), se place sur un plan éminemment philosophique, mais reconnait avec justesse qu’ « il existe une poétique de la consolation qui engage le rapport entre la souffrance, le langage et l’imaginaire » (p. 88). C’est cette voie littéraire que nous nous proposons d’approfondir. Et nous prendrons aussi en compte les vertus consolantes de la lecture : certaines des remarques d’Hélène Merlin-Kajman (Lire dans la gueule du loup, Gallimard, 2016) et d’Alexandre Gefen (Réparer le monde, Corti, 2017) vont aussi dans cette direction qui pourra être vérifiée jusque dans la littérature contemporaine, dans le traitement littéraire des souffrances d’aujourd’hui, et dans l’impact des œuvres littéraires sur la sensibilité des lecteurs et donc sur la société – ce dont l’efficacité réelle méritera d’être interrogée.
L’une des constantes de la littérature depuis l’Antiquité semble résider dans ce qu’on peut appeler une poétique de la consolation (à l’usage de l’auteur, et à l’usage du lecteur) qui reste à théoriser et à réexaminer aujourd’hui. La consolation stoïcienne était fondée sur la confiance en la mémoire ; la consolation chrétienne était fondée sur la foi en un Dieu consolateur qui dorénavant fait défaut ; la consolation classique (les lettres de consolation du XVIIe siècle) était fondée sur un usage de la raison aujourd’hui mis en question. Les œuvres de la modernité adviennent lorsqu’ont disparu ces anciens régimes de la consolation. C’est ce qui fait dire à Stig Dagerman en 1952, dans un texte qui porte ce titre, que « notre besoin de consolation est impossible à rassasier » : de l’inconsolable subsiste, irréductiblement. Et pourtant ce besoin de consoler et d’être consolé persiste à se dire en littérature. C’est dans les temps de plus forte désolation que la consolation demeure plus nécessaire – et plus difficile.
Le besoin de consolation s’exprime par exemple dans l’écriture autobiographique de Rousseau, dans l’œuvre de Nerval (qui se dit « l’Inconsolé »), chez Marcel Proust (dans l’attitude du narrateur enfant, et dans les souffrances du narrateur âgé qui évoque la consolation dans Le Temps retrouvé), d’une façon récurrente chez Romain Rolland (qui voyait dans la réception des œuvres d’art un moyen de consolation permettant de s’unir à la souffrance des grands créateurs), ou plus récemment dans les œuvres de Charlotte Delbo ou d’Edmond Jabès (où la consolation s’articule à une désolation à la fois personnelle et collective, et à la problématique du partage de l’impartageable). Il faudra se demander si les formes littéraires de la consolation sont plutôt celles du récit et de la narration qui, comme le pensait Ricoeur, permettrait une reconfiguration réconciliante de l’expérience du sujet, ou plutôt celles de la poésie qui parvient à rejoindre la douleur intime et singulière lorsque les formes plus communes du langage y échouent – ou encore celles des arts de la scène qui permettent à une expérience collective de se vivre. On pourra examiner aussi les correspondances et journaux intimes d’écrivains. On s’interrogera également sur la possibilité de l’écriture comme auto-consolation, chez Rousseau, Baudelaire, ou Michaux par exemple (ce serait la fonction « transitionnelle » de l’écriture au sens de Winnicott, ou une « pratique de soi » au sens de Foucault). Enfin, la fonction consolante de la littérature et de la lecture semble au cœur du rôle social de la littérature aujourd’hui, notamment dans la perspective d’une éthique du care.
Mais aucune consolation ne saurait restituer l’objet perdu, insubstituable : la consolation que nous offre la littérature, et même toute consolation, serait-elle condamnée à n’être jamais que partielle ? Le travail du deuil échouerait-il inévitablement en mélancolie ? La pratique toujours relancée de l’écriture littéraire ne s’enracinerait-elle pas dans la part irréductiblement inconsolable qui réside en l’être humain ? Plutôt que d’une poétique de la consolation, certains textes littéraires ne témoignent-ils pas plutôt d’une poétique de l’inconsolable ?
Les propositions (un titre, une vingtaine de lignes, et un curriculum vitae) sont à envoyer avant le 10 septembre 2026 à
eric.benoit@u-bordeaux-montaigne.fr
Une réponse sera donnée vers le 10 octobre.
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