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2024, janvier-avril : « Je e(s)t l’autre » : séminaire LaPRIL/PPH

1ère séance le 24 janvier (et non 17 comme annoncé précédemment) 

Le séminaire se déroule en salle i 003

Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes 

Pour que je sache enfin celui-là que je suis

Guillaume Apollinaire, Alcools

« Qui suis-je ? », interroge André Breton au tout début de Nadja, avant que le texte ne lie inextricablement le je et l’autre. C’est qu’il n’est de vérité du sujet sans une expérience radicale de l’altérité. L’altérité de Nadja elle-même, qui séduit l’écrivain par son irréductible marginalité, son regard étonnamment décalé – et sa promesse : « Mais… et cette grande idée ? J’avais si bien commencé tout à l’heure à la voir. C’était vraiment une étoile, une étoile vers laquelle vous alliez. (…) Vous ne pourrez jamais voir cette étoile comme je la voyais. » Mais aussi l’altérité révélée en soi-même, qui délivre des identités figées et trompeuses, et invite à laisser derrière soi « ce qu’il a fallu ce que je cessasse d’être » pour inscrire « qui je suis » dans le mouvement d’un devenir.

C’est pourquoi il importait de faire entendre, dans le titre donné à ce séminaire, une hésitation dans le rapport du sujet à l’altérité : je e(s)t l’autre dira à la fois l’énigme éclairante de la rencontre et l’identification paradoxale qui donne au sujet la chance de se désidentifier. On y entendra aussi le souvenir des formules de Nerval (« Je suis l’autre ») et de Rimbaud (« JE est un autre »), voire le pseudonyme d’Isidore Ducasse (« l’autre est amont ») – autant de manières de désigner le reflet déformant et révélateur à la fois de l’altérité. On interrogera ainsi les différentes formes d’une altérité qui révèle le sujet à lui-même, dans lesquelles il se reconnaît ou se réinvente : jeux du féminin et du masculin, confrontation à l’étranger, questionnement de « l’animal que donc je suis » (Derrida) – tout ce par quoi l’un(e) est le miroir de l’autre (1).

Cette hésitation pourra être cernée à la faveur d’une analyse précise des textes littéraires, mais aussi d’autres formes d’expression artistique, qui décrira comment la confrontation à l’altérité peut s’inscrire dans un mouvement progressif de construction ou de saisie de l’identité : « Je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre ne m’a fait », note Montaigne. Si le registre de l’intime constitue un large pan de cette question, celle-ci peut être étendue aux récits de voyages, qui tentent de dire la confrontation avec l’Étranger, ainsi qu’au genre dramatique, dans la mesure où il donne à voir sur les planches le conflit intérieur – notamment tragique –, la dislocation ou l’amuïssement du sujet chez Beckett ou Sarah Kane. L’inscription de la voix de l’autre dans le discours du je à travers des emprunts, des citations, des effets de collage et de recyclage pourra également constituer une voie d’accès, la démarche d’imitation propre aux littératures d’Ancien Régime trouvant des prolongements dans les pratiques modernes et contemporaines : toujours le jeu d’insertion d’unités exogènes contribue à éclairer un je fuyant et énigmatique. 

Adoptant résolument une perspective diachronique, la réflexion cherchera donc à comprendre les spécificités d’une telle interrogation en fonction d’une époque donnée, tant le statut du « je » revêt diverses facettes au Moyen Âge, dans la première modernité ou dans les périodes plus récentes. 

(1) Cf. L’un(e) miroir de l’autre, colloque dirigé par Max Véga-Ritter et Alain Montandon, Université Blaise Pascal, 1998. 

[Télécharger le descriptif complet]

 

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Séance(s) :

Le mercredi 24 janvier 2024 de 13:30 à 15:30 : Introduction (le 24 janvier (et non 17 comme annoncé précédemment)

Valéry Hugotte et Anne-Laure Metzger

Le mercredi 31 janvier 2024 de 13:30 à 15:30 : Altérité et identité : la construction littéraire de la figure du cannibale au XVIe siècle

Violaine Giacomotto-Charra (Université Bordeaux Montaigne)

Le mercredi 7 février 2024 de 13:30 à 15:30 : De l’empire au tiers-monde, le Bloc-notes de François Mauriac

Jeanyves Guérin (Université Sorbonne Nouvelle)

Le mercredi 14 février 2024 de 13:30 à 15:30 : Les fantômes de Benjamin Fondane

Agnès Lhermitte (Université Bordeaux Montaigne)

Le mercredi 21 février 2024 de 13:30 à 15:30 : D’âmes blanches et romans noirs. Folles d’amour et mortes amoureuses au tournant du siècle (1788- 1838)

Laurence Sieuzac (Université Bordeaux Montaigne)

Le mercredi 6 mars 2024 de 13:30 à 15:30 : Le moi poétique d’Ovide à l’épreuve de l’altérité dans les œuvres d’exil

Géraldine Puccini (Université Bordeaux Montaigne)

Le mercredi 13 mars 2024 de 13:30 à 15:30 : Spectres du moi

Vérane Partensky (Université Bordeaux Montaigne)

Le mercredi 20 mars 2024 de 13:30 à 15:30 : Identité au regard des circonstances dans l’œuvre d’Eustache Deschamps

Miren Lacassagne (Université BordeauxMontaigne)

Le mercredi 27 mars 2024 de 13:30 à 15:30 : Ta seule ennemie, c’est toi-même : le “je est l’autre” dans Black Swan de Darren Aronofsky

Aziza Awad (Université du Caire)

Le mercredi 3 avril 2024 de 13:30 à 15:30 : Les métamorphoses de l’écrivain : altérités et identités de Pierre Loti

Basile Pallas (Université Bordeaux Montaigne)

Le mercredi 10 avril 2024 de 13:30 à 15:30 : Jean Genet et son lecteur : de la haine à l’incorporation dans l’autre

Marguerite Vappereau (Université Bordeaux Montaigne)

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