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Ph. Baudorre : François Mauriac, "Je te dis toute ma tendresse", Correspondance (1926-1970) avec Claude Mauriac

François Mauriac, "Je te dis toute ma tendresse", Correspondance (1926-1970) avec Claude Mauriac
Texte établi, présenté et annoté par Philippe Baudorre, Albin Michel, 700 pages, 2025.

      « Je te dis toute ma tendresse et suis ton vieux papa », écrit le 1er juin 1929 François Mauriac à son fils aîné Claude, alors âgé de 15 ans. Rassemblant la correspondance que père et fils ont échangée de 1926 à 1970, ce volume montre la manière dont leur relation se construit, au fil des ans, s’approfondit et s’exprime. Au‐delà de la personnalité des deux écrivains, ces lettres nous font pénétrer dans l’intimité d’une famille où les parents et leurs quatre enfants, puis leurs conjoints, et bientôt plusieurs petits-enfants, partagent, avec leurs nombreux cousins et amis, vacances, voyages et séjours dans les propriétés de Vémars ou de Malagar. Elle redonne notamment sa juste place à celle qui constitue, pour Claude comme pour François, le socle de la famille, Jeanne Mauriac, l'épouse et la mère bien aimée.
     Par l’ampleur de la période couverte, ce roman familial s’inscrit dans une Histoire collective à laquelle les Mauriac sont confrontés comme toutes les familles françaises : la montée des périls, la guerre et l’Occupation, l’après-guerre, ses drames, ses tensions et son renouveau politique et culturel. On y croise André Gide, Jean Cocteau et le général de Gaulle, on y parle musique et cinéma, on y feuillette L’Express, Le Figaro et le Nouveau roman.


Compte-rendu du Monde, 20 décembre 2025, par Florent Georgesco.

     Une correspondance ressemble parfois à un puzzle où, de note en note, on reconstitue péniblement le sens d’allusions que, par nature, les épistoliers n’avaient pas besoin d’expliquer. Grâce au travail de l’universitaire Philippe Baudorre, ce recueil de lettres pour la plupart inédites échangées entre le Prix Nobel de littérature, François Mauriac, sa femme, Jeanne Mauriac, et leur fils aîné, le journaliste et écrivain Claude Mauriac, évite ce piège avec maestria, les lettres étant brillamment mises en perspective par l’éditeur, qui forme ainsi peu à peu autour d’elles un récit continu.
     Or ce récit se révèle à la fois passionnant et profondément touchant, par un double mouvement de l’intime vers le monde et inversement. Car si les engagements de François Mauriac, de la Résistance à la décolonisation, font entrer les déchirures du siècle dans le cercle familial, c’est l’intensité affective de celui-ci qui frappe sans doute le plus. Dans un tome de son extraordinaire Temps immobile (Grasset, 1974-1988), Mauriac et fils (1986), Claude Mauriac écrivait de son père, quinze ans après sa mort : « Je n’ai pas à penser à lui, comme on dit. Il est là, présent, il n’a cessé d’y être. » C’est de cela qu’il est question ici : de ce lien qui ne s’est pas défait. 

Écouter Philippe Baudorre à la librarie Mollat