Composé d’essais et d’articles critiques, cet ouvrage se présente à la fois comme un témoignage intellectuel et comme une réflexion approfondie, étayée et structurée sur la littérature serbe d’une période charnière : celle de la Yougoslavie post-titoïste des années 1980, qui apparaît rétrospectivement comme le prélude à la guerre civile et à l’éclatement du pays.
S’appuyant sur une lecture attentive des écrivains majeurs de cette décennie — parmi lesquels Dragoslav Mihailović, Vidosav Stevanović, Milovan Danojlić, Živojin Pavlović, Borislav Pekić, Milorad Pavić, David Albahari ou encore Svetislav Basara —, l’auteur met en lumière les principaux courants et stratégies esthétiques qui émergent dans un contexte marqué par l’effritement des repères idéologiques, éthiques et existentiels. L’analyse fait ainsi apparaître une contradiction fondamentale : tandis que la société se fragilise et que les certitudes collectives vacillent, la littérature connaît un renouvellement remarquable, caractérisé par une audace formelle accrue, la transgression des tabous et la libération progressive d’une parole longtemps soumise au contrôle politique et idéologique.
L’auteur interroge également la place et la responsabilité de la critique littéraire en période de crise. Il défend l’idée selon laquelle le critique ne saurait se cantonner au rôle de simple gardien des normes établies ; il doit au contraire assumer une fonction active, capable de stimuler la pensée critique et d’affirmer son autonomie face aux injonctions idéologiques. Quant à la littérature elle-même, l’ouvrage rappelle qu’elle ne constitue jamais – et moins encore en temps de crise – un simple espace de divertissement : elle est le lieu privilégié où se rencontrent mémoire et devenir, conscience historique et imagination créatrice, exigence critique et invention esthétique.