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Regards d’écrivains décadrés : poétiques du trompe-l’oeil dans les fictions de Vladimir Nabokov et John Banville

Sous la direction de :
Isabelle Poulin
Co-directeurs ou directeurs externes : Pascale Sardin

Cette thèse s’appuie sur la notion de trompe-l’œil pictural pour en étudier la manifestation littéraire et narrative au sein d’un corpus comparatiste. « Opérateur de vacillement du regard » (Saint-Gelais), le trompe-l’oeil dépasse la simple mystification pour revêtir une portée heuristique : il apparaît comme un puissant vecteur de décentrement, mettant à l’épreuve notre « foi perceptive » (Merleau-Ponty) et faisant apparaître la dimension fondamentalement construite du réel. Dans les fictions de Nabokov et Banville, les perturbations qui affectent le regard, associées à des crises épistémiques, constituent un ressort majeur de l’écriture, articulant étroitement enjeux esthétiques, phénoménologiques et éthiques. Confronté à la duplicité de narrateurs peu fiables, le lecteur est placé dans une position herméneutique précaire qui reproduit, au niveau de la réception, la crise figurée dans la diégèse. Un premier axe de la thèse explore l’imaginaire visuel des deux écrivains et recompose leur musée imaginaire, afin de retracer des « aventures du regard » à la manière de Daniel Arasse ou Victor Stoichita : il s’agit ainsi de postuler la convergence de la fiction avec les travaux d’esthétique et d’histoire de l’art pour faire du trompe-l’œil un paradigme susceptible d’apporter un nouvel éclairage sur la réception des œuvres, à la croisée du lisible et du visible. Dans un second temps, la notion de cadre, support de divers jeux de débordement, d’effacement ou de falsification dans le trompe-l’œil pictural, permet d’interroger des œuvres qui se jouent des frontières nationales, linguistiques, médiales et génériques, et de mettre en question le cadrage auquel la fiction soumet le réel. Enfin, l’axe de la thèse consacré à l’intertextualité fait l’hypothèse d’un point de rencontre de Nabokov et Banville dans l’œuvre de Proust, associée à une figure du peintre, Elstir, dont l’esthétique fondée sur la défamiliarisation consiste à peindre « l’illusion qui nous frappe ». Ce rapprochement permet in fine d'écrire un moment de l'histoire du trompe-l’œil narratif : récit double, visant à rendre compte à la fois d’un regard des écrivains sur le monde et du regard du monde sur les œuvres dé-cadrées d’écrivains en trompe-l’œil que sont l’exilé et l’Irlandais détaché.